La crèche d’Alix a organisé un spectacle.
Nous avons choisi de la faire participer, elle qui aime tant danser et chanter !
De plus, nous pensions que ça la sortirait un peu de sa préoccupation permanente sur « la place ».
En effet, en ce moment, avec l’arrivée de Léonard, Alix bosse à fond le problème de qui doit avoir quelle place dans la famille.
Elle n’est pas convaincue de n’être qu’une enfant et elle confond ses jeux avec la réalité.
Par exemple, elle croit réellement payer les courses au supermarché avec ses boutons, ou allaiter son poupon et j’ai le plaisir de vous
annoncer la naissance de Léonard hier, son bébé, dont elle est la maman !
Tout ceci serait charmant si par ailleurs elle ne considérait pas que, puisqu’elle sait tenir une maison, faire les courses, a de quoi les
payer, faire pipi aux toilettes et allaiter son bébé (la définition que je lui est donné naïvement de ce qu’était une femme adulte quand elle m’avait posé la question entre deux tâches
ménagères), elle est une adulte à part entière et n’a besoin d’écouter ni papa ni maman !
On essaie donc de lui expliquer que quand on joue, on fait semblant et qu’elle n’est qu’une enfant qui doit encore être guidée par ses
parents, mais elle semble dubitative voire imperméable à l’explication.
Ca vire même parfois à l’obsession et ça se matérialise par la réification de la notion qu’elle essaie de cerner.
Ainsi, par exemple, on ne peut plus s’asseoir ou on veut dans la maison parce que c’est la place d’untel ou untel uniquement.
La question de la place englobe également celle de la possession.
« Elle est pas aux enfants [de la crèche] maman Cécile, non pas du tout, c’est ma maman à moi ! », ou bien, «c’est mon bébé [aux enfants qui se précipitent sur le cosi quand je pose le petit] ! »
Bref, ça a l’air d’être compliqué dans sa tête en ce moment.
Peut-être l’avions-nous trop érigé en reine?
Il était temps qu’elle redevienne une simple…princesse

La mère que je suis était toute émue, imaginant sa fille sur la
scène, apeurée par le public applaudissant et exécutant sa chorégraphie de danse avec son air appliqué et ses petits membres encore potelés, tout juste sortis de l'époque où elle était un
bébé.
Je ne pouvais qu’imaginer, car Alix (la déloyale) respectait les consignes des taties de ne donner aucune info sur le spectacle.
Il faut dire que même avec une description détaillée, nous n’aurions jamais imaginé ça !
D’abord, le rideau s’ouvrit sur un décor du pire mauvais goût, réalisé avec des guirlandes de noël, du papier cadeau, des bouées en forme
d'animaux et de grosses peluches.
Ensuite, les projecteurs étaient de toutes les couleurs, jaunes, verts, rouges et bleus, pour ajouter aux teintes multicolores.
De plus, la directrice de la crèche, une mamie sourde comme un pot, avait demandé aux techniciens du son du théâtre d’entretenir un niveau
sonore brise tympan.
Léonard, bien que bercé du pied dans son cosi en permanence (ce qui habituellement et même dans des situtions extrèmes de bruit, le fait
sombrer dans un profond sommeil), avait des yeux exorbités (un peu comme ça:)
et suçait frénétiquement son pouce, (de cette façon là).

Christophe et moi avions les sourcils froncés et tentions de discerner quelque chose malgré notre mal de tête.
Pour finir, les costumes étaient non seulement multicolores, mais encore à paillettes, à fanfreluches, à pompons et autres capuchons.
Ils étaient constitués de plusieurs couches en tissu synthétique, il faisait plus de 30degrés dans la salle avec un taux d'humidité de 100 % et avec les projecteurs braqués sur eux, les gosses
suaient à grosse goûtes là dedans!
Petit aperçu :




(Au passage, vous remarquerez l'utilisation rigolotte qui est faite des moustiquaires chinoises...)
Mais surtout, ma fille, pourtant si assidue à sa chorégraphie à la maison (j’ai reconnu les gestes qu’elle ne cessait de répéter) n’a fait qu’une chose tout du long de son passage sur scène, elle
cherchait du regard dans la salle papa et maman !
Il faut dire que je lui avais expliqué que nous serions dans la salle à applaudir et crier bravo, alors elle était déçue de ne voir que
l’obscurité devant elle !
"Alors, où sont donc papa et maman? (elle ferme la marche, à droite)
Mais c'est que je ne vois rien, moi!
Rien à faire, même en levant la tête, on n'y voit
rien!
Pourquoi donc fait-il noir là dedans?
C'est tout de même étrange, maman et papa m'avaient dit
qu'ils seraient là...
Je distingue stritement rien moi!
Ouais ouais, j'te la fais ta chorégraphie mais poufffff, ça commence à
m'agacer!
J'te fais même le mouvement par terre!
Sont franchement rasoirs!
J'suis déçue, sont même pas venus!"
Nous avons donc récupéré une petite princesse toute perturbée mais après qu'on lui ait eu expliqué le coup des projecteurs et de la salle noire et après qu'elle ait vu les
photos (preuve qu'on était bien présents), elle n'a plus parlé que de ça!
Cette expérience a enrichi ses jeux et ses rêves...
Quant à Léonard, il vit régulièrement une expérience traumatisante: il se fait agresser par un lapin grelot!

Ses déguisements, sont faits de hasard:
Quant aux décors, il en est plutôt un élément constitutif pour le moment!

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